Notre entretien
avec l’auteur
Du titre de votre livre aux textes qu’il renferme, la solitude occupe une place centrale dans Puis je serai seul. Pourtant, vos textes se distinguent par une étonnante présence humaine, toujours finement observée. L’écriture est-elle pour vous le lieu privilégié d’une «rencontre» avec le monde?
Qu’est-ce que l’écriture pour moi? Je ne détesterais pas le savoir. Il me semblerait que, dès l’adolescence, s’est installée en moi la presque certitude que la vie n’avait aucun sens. Enfant, j’avais déjà l’impression d’être en quelque sorte étranger au monde tout autour. Comment s’est installé en moi le désir d’écrire? Très rapidement, je considérais comme perdues les journées pendant lesquelles je n’écrivais pas. De même me suis-je condamné pendant les années de ma vingtaine à une constante insatisfaction. Je commençais des romans, les interrompais pour un oui, pour un non. Puis est arrivé le premier livre publié. Une entrée bien timide dans le monde des livres. Un monde dans lequel, je tâcherais de faire ma niche. À mon humble façon qui serait celle du «Henry Brulard» de Stendhal. Mes «happy few» seraient en quelque sorte des inadaptés de mon genre. Rencontre avec le monde? Pas pour moi. Plutôt une conversation murmurée avec un lecteur inconnu chez qui se terreraient un inconfort et un émerveillement de vivre.
Ce recueil regroupe à la fois des récits personnels et des nouvelles. Autrement dit, des textes autobiographiques et des textes inventés. Les abordez-vous différemment ou participent-ils du même élan?
J’aborde l’écriture d’une nouvelle ou d’un récit avec la même ingénuité. L’âge venant toutefois, le «réel» acquiert une certaine irréalité. Je me demande parfois si certains faits de vie se sont vraiment produits. Et les personnages que je crois inventer sont souvent des reliquats de ma mémoire. Ce qui est sûr toutefois, c’est que je cherche à chasser de mes confessions la moindre trace d’autosatisfaction. Le lecteur le moindrement perspicace verra que le jupon dépasse.
Rencontre avec le monde? Pas pour moi. Plutôt une conversation murmurée avec un lecteur inconnu chez qui se terreraient un inconfort et un émerveillement de vivre.
À la manière d’André Major, vous dites dans un de vos textes que vous avez fait votre adieu au roman. Avez-vous vécu cet adieu comme un regret ou plutôt comme une forme de soulagement?
Ce n’est pas avec tellement de regret que j’ai tiré ma révérence par rapport au roman. Pour commencer, je m’y sentais de moins en moins à l’aise. Comme lecteur, mais aussi comme auteur. Mes adieux seraient celui d’un exilé résigné de ne plus revoir la mère patrie. Il était convaincant le «à nous deux Paris» de Rastignac. Je me serais rendu compte assez tôt que je n’avais rien d’un conquérant. C’est à voix basse, presque en m’excusant, que je briserais le silence.
