Pierre MorencyLe Pas du père

Un recueil dans lequel Pierre Morency remonte aux sources mêmes du langage en faisant dialoguer le vieux poète avec l’enfant.

Extrait de l’œuvre

À vue d’année

L’automne vient avec un pinceau;
L’hiver arrive sur un traîneau.

Mois de mai ramène les oiseaux;
Mois de juillet s’ébroue dans l’eau.

Avril est gris comme novembre;
Ce sont deux mois à vivre en chambre.

En janvier, ne marche qu’en forêt;
En février-mars bon soleil reparaît.

Si juin est mois des bécassines,
Septembre accueille la sauvagine.

Que faire en octobre et en août?
Cueillir les pommes et les mange-tout.

Notre soir

Nous sommes vraiment là
Avec cette coulée de lumière sur nos fronts.
Tu dis: rien n’a d’importance hormis
Le temps que l’on se donne en vérité,
Hormis cette vigueur encore l’un à l’autre offerte
Dans la parfaite couleur d’être soi.
C’est là que nous sommes en la vie,
Avec profond du puits et pain sur la planche,
Là où notre arbre est musique montante.
Et ta main couchée sur ma hanche.
Un fleuve de bonté nous emporte.

 

 

Un jour portant cristal

Sur le toit du monde en ce pays-là
Dans un aujourd’hui à saveur de demain,
Un peuple marcheur aux jambes de fourrure,
Riche de ses yeux riche de ses mains,
Se prépare à partir pour l’école.

On voit des bâtiments légers comme traîneaux,
Des classes ouvertes sur la grandeur d’être neufs,
Des lieux où les enfants enseignent à leurs maîtres
La soif d’un univers où l’esprit peut voler
Aussi loin que ces oiseaux qui colorent le ciel
Et jusqu’au milieu de la mer.

 

 

Et à la fin

Faire
Ne serait-ce qu’un pas. Un seul.

Où es-tu misère?
Où es-tu début?

Voici le bord de l’eau
Le lieu où commence le temps.

Une personne met le pied
À la lisière du sable et de la vague.
Saisissement.
Et puis le transport délicieux.