Daniel GrenierHistoires de balle

Un livre composé de trois courtes histoires qui forment une trilogie déjà légendaire où se mêlent sport, amitié et aventure.

Notre entretien avec l’auteur

Après de nombreuses années d’écriture, Histoires de balle est votre premier livre pour la jeunesse. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’explorer ce nouveau territoire? Que peut la littérature jeunesse que ne permet pas la littérature pour les adultes?

J’étais tanné que mes enfants ne puissent pas lire mes livres, que ça leur passe dix pieds par-dessus la tête de savoir que leur père avait écrit tel ou tel roman, qui avait eu tel ou tel succès (ou non), que ce bel objet que voilà, regarde Emmanuel, regarde Viviane, avec ma photo dedans et mon nom écrit en gros sur la couverture ne leur fasse pas un pli. Alors je me suis dit qu’il fallait leur parler directement, si je voulais capter leur intérêt et recevoir ce plein d’admiration familiale qui me faisait défaut. Dès que l’occasion s’est présentée, j’ai sauté dessus: Manu s’est fait un petit bobo et, avant même d’aller désinfecter ça à la salle de bain, le papa-souffrant-de-la-maladie-des-jeux-de-mots s’est manifesté. J’ai lancé tout bonnement à mon fils au bout de doigt sanguinolent: «Ne perdons pas de temps. Allons voir le Seigneur des bobos!» Et je suis tombé dans la littérature jeunesse à cet instant précis: la littérature jeunesse, c’est aussi le droit qu’on se redonne, en tant qu’artiste, d’avoir du fun sans se casser la tête (tout en allant s’occuper dudit bobo aussi vite que possible).

Quels liens peut-on tisser entre baseball et littérature? Pourquoi avoir voulu marier les deux?

Je me souviens qu’une des premières fois où j’ai «tenu mon bout» dans un débat enflammé avec un camarade de classe, au primaire, c’était pour défendre le baseball contre le hockey. L’argument de mon adversaire tournait autour de l’idée que le baseball était «plate», contrairement au hockey, où tchak, tchak, tchak, l’action ne manquait jamais. De mon côté, je défendais mordicus l’idée que le baseball était justement un sport de réflexion, un sport qui nous laissait le temps d’inventer des histoires, de vivre l’action à notre propre rythme. Cette anecdote illustre parfaitement ce que j’ai passé ma vie à défendre par la suite: le fait que la lecture, les romans, la littérature sont loin d’être «plates», au contraire; c’est dans les livres qu’on a accès à un temps autre, un temps presque arrêté, suspendu, qui ne compte pas. Un peu comme au baseball. Ce que j’aime du baseball, aussi, c’est qu’on peut très bien être un fan du sport sans être un obsédé des statistiques et des règlements: moi-même, j’aime la balle surtout en dilettante, de loin, sans suivre une équipe ou une ligue en particulier; j’aime ce que la balle symbolise, cet état d’esprit de liberté et de nostalgie. Et c’est beaucoup dans les livres que je l’ai retrouvé, cet état d’esprit. Encore plus que sur le terrain.

Outre le sport, les amitiés sont la pierre angulaire des histoires qui composent ce livre. Qu’ont de particulier les premières amitiés de l’enfance?

J’ai toute une théorie sur l’amitié, sur l’importance des amitiés d’enfance, d’adolescence, sur la différence entre celles-ci et celles qu’on forge en tant qu’adulte, avec nos collègues de travail, ou nos nouveaux voisins, etc. J’y pense souvent. Je repense souvent à mes amis d’enfance. Même si aujourd’hui, j’ai tendance à dire que mon meilleur ami s’appelle William, qu’il habite à Sherbrooke, qu’on s’entend super bien et qu’on ne se voit pas assez souvent, force m’est d’admettre que William ne pourra jamais remplacer Laurent, Sébastien, Jean-Paul, Nadine, Anne et les autres, ces personnes (avec qui pour la plupart je n’ai plus beaucoup de contact) qui m’ont formé en tant qu’individu et m’ont vu grandir, évoluer, me tromper, me fâcher, les engueuler et me faire engueuler par elles en retour. Ces temps-ci, je revis d’une certaine manière et par procuration ce temps très spécial, en voyant aller mes deux enfants chez Gabriel et Juliette (aussi frère et sœur), découvrir les bonheurs intenses et les tristesses profondes liées aux affaires du cœur.

Chacune des trois histoires renvoie à une trilogie célèbre, empruntant tour à tour des référents au Seigneur des anneaux, à La Guerre des étoiles et à Retour vers le futur. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’introduire ce jeu?

À vrai dire, tout découle du jeu de mots un peu nono «Le Seigneur des bobos», autour duquel j’ai construit la première histoire du recueil. Ensuite, comme au baseball plusieurs éléments du jeu tournent autour du chiffre 3 (les retraits, les prises), je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire avec cette idée de trilogies classiques, légendaires. Bien sûr, il y a les suites, dans la vie, mais tout le monde sait que ce qui est vraiment bon, c’est une série de films ou de livres. Et les séries viennent souvent en trois parties, la troisième étant la somme des deux premières, d’une certaine façon. Une fois que je me suis mis à réfléchir au projet sous cet angle, il n’y avait qu’un pas à franchir pour trouver mes deux autres inspirations. Je dois avouer qu’un de mes petits plaisirs a été de penser aux titres de mes chapitres qui faisaient référence à chaque film de chaque trilogie… pour finalement me rendre compte que je n’avais pas à choisir de titre pour les trois chapitres de Retrait vers le futur, que je pouvais simplement ajouter un numéro à la fin. Ça me fait bien rire, ce genre de petit clin d’œil. Et, parlant de clin d’œil, je pense pouvoir dire sans trop me tromper que, dans mon écriture en général, qu’elle soit pensée pour les grands ou pour les petits, j’adore en glisser ici et là. Pas pour me vanter de ma grande culture générale (y a peut-être un peu de ça aussi, mais c’est une autre histoire), mais pour me donner l’impression dès les premières étapes de la création que j’ai fait de mon lecteur ou de ma lectrice un complice, que nous sommes ensemble, en train de disputer ce match enlevant, ou en train de regarder un bon vieux classique du cinéma.


Livre publié dans la collection « Boréal Junior ».