Normand MousseauComment se débarrasser du diabète de type 2 sans chirurgie ni médicament

Une nouvelle édition qui confirme l’efficacité du régime hypocalorique.

Notre entretien
avec lauteur

La première édition de ce livre est parue il y a dix ans. Vous en donnez aujourd’hui à lire une version mise à jour. Qu’est-ce qui a changé en dix ans dans nos connaissances entourant le diabète de type 2?

Beaucoup de choses. Les études qui démontrent que le diabète de type 2 peut être renversé avec une perte de poids significative se sont multipliées à travers le monde, dans la foulée des travaux de l’équipe de Roy Taylor, au Royaume-Uni. Des travaux récents montrent par exemple que même des diabétiques de type 2 sans surpoids peuvent atteindre la rémission avec une perte de poids suffisamment importante. Au Canada, des études menées par le Dr Josep Iglesies-Grau de l’Institut de cardiologie de Montréal montrent aussi qu’il est possible de contrôler son diabète par l’adoption d’une diète stricte, et que la hauteur des effets est fortement liée au poids perdu.

L’arrivée sur le marché de nouveaux médicaments tels que le sémaglutide (vendu, entre autres, sous le nom d’Ozempic), développés initialement pour contrôler la glycémie mais qui facilitent grandement la perte et le contrôle du poids, a aussi permis de faire évoluer les mentalités, au sein de la communauté médicale, sur le diabète et son renversement potentiel, jusqu’à la rémission.

Bien sûr, il reste encore beaucoup de travail à faire pour mieux comprendre les mécanismes à l’origine de la maladie et, surtout, ceux qui permettent de la renverser. Malgré tout, je pense que si les fondements scientifiques qui appuient l’approche décrite dans mon livre étaient déjà solides lors de la publication de la première édition, ils sont aujourd’hui tout à fait incontestables.

Malgré toutes les données qui appuient le bien-fondé de la méthode que vous préconisez, appelée le régime pseudo-chirurgical, celle-ci n’a pas encore été embrassée par la plupart des organisations qui œuvrent à la prévention du diabète. D’où vient la résistance de la médecine institutionnelle devant cette approche?

Comme scientifique et chercheur en physique et en biophysique, j’avoue que j’aimerais bien avoir une réponse claire à cette question! En me replongeant au cœur de ce débat pour préparer cette nouvelle édition, j’ai bien dû me rendre à l’évidence: la communauté médicale, particulièrement au Canada et au Québec, est extrêmement réticente à recommander des approches compatibles avec les meilleures données scientifiques sur ce sujet.

Plusieurs raisons peuvent expliquer, au moins en partie, l’opposition de la communauté médicale. Tout d’abord, les médecins savent qu’il est très difficile pour la plupart de leurs patients de perdre du poids de manière importante et de ne pas le reprendre par la suite. Ils partent donc avec un préjugé défavorable envers l’approche que je préconise. Même chose du côté des nutritionnistes, qui voient souvent d’un très mauvais œil des régimes aussi stricts que celui proposé ici. Je pense aussi qu’il y a une certaine réticence de la communauté médicale à remettre le contrôle de la maladie entre les mains de ceux qui souffrent. L’approche actuelle est souvent très paternaliste, avec des directives claires accompagnées d’une liste de médicaments à prendre. Le régime pseudo-chirurgical, au contraire, est la responsabilité de celle ou de celui qui l’adopte, et s’accompagne d’une flexibilité relativement grande à laquelle on est peu habitué.

Cela étant, j’admets que tout le monde ne peut pas suivre ce régime strict et maintenir le poids perdu durant des années, pour toutes sortes de raisons dont personne n’a à juger. Il est néanmoins déplorable que la communauté médicale ne présente pas le régime comme une voie, la seule aujourd’hui, vers la rémission.

Si la base scientifique qui appuie lapproche décrite dans mon livre était déjà solide lors de la publication de la première édition, elle est aujourdhui tout à fait incontestable.


 

Le régime que vous préconisez, quoique d’une durée limitée, est quand même très exigeant. Cela vaut-il encore la peine de s’y soumettre maintenant que nous disposons de nouveaux médicaments qui se révèlent très efficaces contre le surplus de poids?

C’est une question que plusieurs m’ont posée depuis la parution de cette nouvelle édition de mon livre. Ma réponse est toujours la même: il faut multiplier les voies possibles vers la rémission du diabète, afin que chacune et chacun puisse en trouver une qui lui convienne.

En effet, si les premières familles d’analogues du GLP-1 ne permettent pas, en général, de perdre le poids suffisant pour atteindre la rémission du diabète, les nouvelles molécules en développement sont beaucoup plus efficaces à cet égard. Toutefois, les études montrent que la prise de médication pour perdre du poids a ses écueils: la vaste majorité des gens qui cessent de prendre ces molécules reprennent le poids perdu très rapidement. C’est donc à la fois un investissement financier important et une dépendance médicale qui sont créés par cette voie.

Le régime pseudo-chirurgical, lui, n’impose pas de coûts additionnels et il est temporaire. Il doit tout de même s’accompagner d’un changement significatif dans notre rapport à l’alimentation. Comme je l’explique dans mon livre, depuis que je suis en rémission, je mange de tout, sans idéologie alimentaire particulière. Toutefois, je dois contrôler mon poids, ce qui exige de limiter les portions, de corriger rapidement toute prise de poids et de maintenir un certain niveau d’exercice physique.

Je suis très heureux d’avoir trouvé une voie vers la rémission du diabète de type 2 qui n’implique pas de prendre des médicaments pour le reste de ma vie; cela correspond à ce que je recherche. C’est à chacun de voir ce qui lui convient le mieux.


Préface du docteur Martin Juneau de l’Institut de cardiologie de Montréal.