Frère Marie-VictorinLa Laurentie en fleur

Toute la poésie de notre flore laurentienne, en images et en mots.

Extrait de lœuvre

Après avoir vanté la luxuriance de notre printemps, je suis un peu embarrassé pour exprimer la beauté et la puissance de notre flore automnale. Et cependant, la passer sous silence serait comme si, ayant à louer un chanteur, on négligeait de parler de sa voix!

 

Quand la plupart des plantes emploient déjà leur force vitale à mûrir leur fruit, les Composées, jusque-là dissimulées dans la verdure ambiante, se mettent tout à coup à fleurir. Et l’on voit alors la multitude de nos Verges d’or, rutiler sous le ciel d’été. La Verge d’or canadienne envahit bravement tout ce que, dans les champs, la charrue oublie de toucher: lisières des bois et des taillis, pourtour des tas de pierres, talus des fossés. Au même moment la Verge d’or rugueuse peuple les coins humides des bois et les bords des ruisseaux; la Verge d’or des bois, malgré son nom, dresse dans les prés secs ses tiges rigides et pauvrement feuillées cependant que la Verge d’or bleuâtre et la Verge d’or raboteuse grimpent les pentes des montagnes, laissant à la Verge d’or des vases le royaume des tourbières, et à la Verge d’or toujours verte les rivages de l’océan.


 


Mais ce sont surtout les Astères qui couronnent et fleurissent la sérénité de notre automne canadien. Légions innombrables que l’on ne voit point venir et qui surgissent quand l’or des Verges s’encotonne et pâlit! Elles sont partout, les Astères, dans les prés, dans les bois, au bord des eaux. Pas de coin désolé qu’elles n’embellissent, pas de roc aride dont elles ne couvrent la nudité. Et il y en a pour tous les goûts, depuis l’aristocratique Astère de la Nouvelle-Angleterre, violet et or, jusqu’à la traînante Astère multiflore qui couvre ses longs bras d’une myriade de minuscules étoiles. Du sol de nos forêts jaillissent à chaque pas l’Astère cordifoliée et l’Astère à grandes feuilles, portant toilette d’azur pâle et sur lesquelles pleuvent pendant des jours et des semaines l’or et la pourpre de Verges nos Érables, coquettes qui – vous le savez – se mettent en beauté pour mourir.

Et je ne crains pas de dire que cet ensemble, merveilleux de forme et de couleur, n’est surpassé en aucun pays du monde. Pourquoi donc, poètes et peintres, aller chercher si loin vos modèles et votre inspiration? Faites donc tout simplement connaissance avec la nature de chez nous et donnez-nous donc au plus tôt un art vraiment national.


Textes choisis et présentés par Yves Gingras et le frère Gilles Beaudet.
Avec des illustrations originales du frère Alexandre, tirées de la Flore laurentienne.